La rémunération du PDG d'IBM a bondi de 51 % en 2025, atteignant 38 millions de dollars alors que la rémunération médiane de ses 270 000 salariés stagnait à peine au-dessus de 49 000 dollars. Un écart de 1 à 765 qui illustre avec une clarté brutale les mécanismes de redistribution de valeur dans la tech d'entreprise et qui intervient dans un contexte où IBM a simultanément licencié des milliers d'employés au nom de l'intelligence artificielle.Arvind Krishna cumule trois titres chez IBM : président du conseil d'administration (Chairman), directeur général (CEO) et président (President). Cette concentration des pouvoirs a également une traduction financière : son enveloppe totale pour l'année 2025 s'est établie à 38 millions de dollars, soit l'équivalent du salaire cumulé de 765 employés ordinaires d'IBM.
La progression est spectaculaire. En 2024, Krishna avait perçu 25,14 millions de dollars, déjà une hausse de 23 % par rapport à l'exercice précédent. En un seul exercice supplémentaire, sa rémunération globale a donc progressé de 51 %. Le salaire fixe est resté inchangé à 1,5 million de dollars, mais les attributions d'actions ont grimpé à près de 24 millions, les options sur titres ont atteint 6,6 millions, et la rémunération incitative hors actions s'est élevée à 5,25 millions.
Ce bond est formellement justifié par l'atteinte des objectifs annuels et pluriannuels fixés par le conseil d'administration, selon le document de procuration (proxy statement) déposé auprès de la SEC en mars 2026. L'équipe dirigeante au sens large en a également profité : le directeur financier James Kavanaugh a reçu 18,84 millions de dollars contre 13 millions l'année précédente, et le directeur commercial R.D. Thomas a été récompensé à hauteur de 17,5 millions, contre 12,28 millions en 2024.
Une année financièrement solide, sur le papier
Il serait inexact de nier qu'IBM a traversé un bon millésime opérationnel. Le chiffre d'affaires a progressé de 8 % pour atteindre 67,5 milliards de dollars, avec plus de 75 % de l'activité désormais concentrée dans les logiciels et le conseil. Le logiciel a enregistré une hausse de 11 % ; le secteur cloud hybride, données et automatisation a connu une croissance à deux chiffres ; et le carnet de commandes cumulé en intelligence artificielle générative a dépassé les 2 milliards de dollars.
La marge brute consolidée a atteint 58 %, en hausse de 150 points de base par rapport à 2024, et IBM a dégagé 13,2 milliards de dollars de flux de trésorerie opérationnel et 14,7 milliards de flux de trésorerie disponible. La société a par ailleurs restitué 6 milliards aux actionnaires et réalisé dix acquisitions pour un montant total de 8 milliards de dollars.
Ces résultats placent IBM dans une dynamique favorable par rapport aux années précédentes, où la croissance était morose. La branche conseil n'a progressé que de 2 %, signe que le marché hésite encore à externaliser massivement ses projets d'IA, mais le carnet de commandes GenAI de cette même branche atteignait 10,5 milliards de dollars fin 2025, révélant un appétit considérable des entreprises pour être accompagnées dans leurs transformations.
Le salaire médian, lui, n'a pas bougé
L'autre face du tableau comptable est bien moins reluisante pour les rangs. La rémunération médiane d'un salarié IBM s'est établie à 49 630 dollars en 2025, contre 48 582 dollars en 2024, soit une progression inférieure à 2,2 %. En tenant compte de l'inflation américaine, ce chiffre représente dans les faits une stagnation du pouvoir d'achat réel.
Le ratio de rémunération entre le PDG et l'employé médian était de 518 pour 1 en 2024 ; avec la nouvelle enveloppe, ce rapport dépasse désormais les 760 pour 1. Pour donner une image concrète : un employé moyen d'IBM devrait travailler plus de sept siècles sans interruption pour atteindre ce que son PDG a perçu en douze mois.
Ce fossé s'explique en partie par la géographie de la main-d'œuvre d'IBM. La faiblesse relative du salaire médian pour une entreprise technologique de cette envergure reflète le fait qu'une grande partie des effectifs est concentrée dans des pays à bas coûts salariaux. Depuis des années, il est de notoriété publique qu'environ un tiers des effectifs d'IBM est localisé en Inde et au Bangladesh, d'où le surnom « Indian Business Machines » qui circule dans les milieux IT anglo-saxons.
Licencier d'une main, s'enrichir de l'autre
Ce qui rend la situation particulièrement difficile à digérer pour les observateurs, c'est que cette explosion de rémunération intervient après plusieurs vagues de suppressions de postes massives directement liées à l'automatisation et à l'IA.
En 2023, Arvind Krishna avait déclaré dans une interview à Bloomberg qu'IBM suspendait les recrutements sur environ 7 800 postes administratifs susceptibles d'être remplacés par l'intelligence artificielle. Entre...
La fin de cet article est réservée aux abonnés. Soutenez le Club Developpez.com en prenant un abonnement pour que nous puissions continuer à vous proposer des publications.